Gala, acheteuse Prêt-à-porter femme au Bon Marché

Rencontre

Il est raisonnable de dire que la plupart des personnes qui travaillent dans l’industrie de la mode sont plus orientées créativité et style que chiffres et analyses. C’est sans compter sur les acheteurs, un métier à part dans la mode. Qui de mieux pour nous parler du métier d’acheteur que Gala, 30 ans, parisienne, spontanée et acheteuse mode femme au Bon Marché, grand magasin français.

Quel est ton parcours ?

J’ai suivi des études de droit puis j’ai complété ma formation avec un master à l’ESCP. Après un an chez Hermès en développement de produit et une expérience d’achat chez Westwing j’ai rejoint le Bon Marché en tant qu’acheteuse événements commerciaux. Depuis mai dernier, je suis acheteuse au sein de la mode femme au Bon Marché.

En quoi consiste le travail d’acheteur ?

Je dirai que le métier d’acheteur c’est de trouver l’offre la plus qualitative possible, la plus mode mais aussi la plus performante c’est-à-dire la plus rentable. Bien sûr tout cela en fonction des tendances, de la stratégie du groupe et de notre clientèle. Au Bon Marché nous avons une clientèle de quartier, parisienne et fidèle, qui aime être surprise.

Quels sont les qualités d’un acheteur ?

L’acheteur c’est l’équilibre entre l’art et les sciences, entre passion et rationnel. Il faut avoir un sens aigu des chiffres et un bon œil pour dénicher les nouvelles marques qui marcheront. Une autre chose essentielle à mon avis, est l’intuition et l’ouverture d’esprit pour innover, renouveler le vestiaire du Bon Marché en permanence.

Il faut être sensible, empathique car un acheteur n’est pas là pour acheter ce qui lui plait mais ce qui plait à sa clientèle. Je réfléchis à l’intérêt d’une pièce, je me demande dans quelles circonstances elle se porterait et par qui.

Un bon relationnel est important car les acheteurs sont le reflet du Bon Marché pour les marques.

Quelle est la part entre approches qualitative et quantitative ?

Le côté mode et le côté performance ne se combine pas toujours. Dans le choix des marques qui constitue mon vestiaire, j’ai des marques à forts chiffres d’affaires parfois moins innovantes d’un point de vue mode. Et aussi des marques très pointues, avec un style fort et un storytelling très marqué.

Comment le Bon Marché intègre les achats à sa stratégie ?

On pourrait définir un acheteur comme la personne en charge des achats nécessaires à l’activité de l’entreprise. J’ai un budget d’achat et je dois acheter au mieux pour le Bon Marché. Je dois répondre aux attentes de ma clientèle mais aussi la faire évoluer, la bousculer même. Il faut surprendre tout en assurant la rentabilité de la catégorie. Par définition les achats sont donc au cœur de la stratégie de l’entreprise. En tant qu’acheteuse mode femme je définis la vision de la catégorie et m’assure de son exécution. Je travaille quotidiennement avec le bureau de style qui donne les impulsions stylistiques de l’année à venir. La communication de l’offre et les achats sont guidés en fonction de cela et des défilés.

Tous les mois à la mode femme nous organisons des popups. L’objectif est de travailler avec des marques du Bon Marché mais pas seulement pour créer de la nouveauté, surprendre notre clientèle avec des collaborations ou des collections capsules.

Comment les marques distribuées sont choisies ?

Tout d’abord, je suis à l’écoute des tendances car cela guide significativement mes choix. Ensuite, je découvre des marques par tous les canaux possibles : bouche à oreille, Instagram, blog ou presse mode. Le bureau de style nous aide aussi dans la prospection de nouvelles marques. Je regarde aussi la concurrence.

Après dans le choix, je prends en compte différent facteurs. Le côté chiffre est indéniable mais ce qui compte surtout c’est le storytelling de la marque, sa capacité à toucher notre clientèle.

Je regarde aussi la profondeur du vestiaire de la marque. Un portant comporte entre 12 et 15 pièces.

Par rapport à leur communication, leur présence dans des magazines peut m’aider à conforter mes choix. Je regarde aussi leurs réseaux sociaux. Le nombre de followers et d’engagement importent peu. Finalement ce qui compte pour moi au travers de leurs réseaux sociaux c’est de comprendre l’ADN et l’histoire de la marque.

J’attends que la marque ait une image soignée tant sur leur site que sur leurs réseaux sociaux. C’est pareil pour le lookbook. J’aime quand il me raconte une histoire.

Enfin la capacité de production des marques car il est important que l’offre suive avec la demande. Le Bon Marché est une vitrine pour les acheteurs du monde entier.

Plus une marque est distribuée moins c’est intéressant. Si une marque est fortement distribuée, elle perd de son intérêt.

Si je crois en une marque, j’essaye même si tout n’est pas parfait. Je me fie beaucoup à mon intuition aussi.

Quels sont les marges que fait généralement le Bon Marché sur des marques jeunes créateur ?

Dans la mode le mark-up moyen est de 2.7 hors taxe. Cela peut varier en fonction des marques et du prix autour de 2,5 à 3. D’autres points importants sont à prendre en compte comme la reprise des stocks. Nous travaillons au moins sur deux collections avec les nouvelles marques. Afin d’éviter des risques de surstockage, nous pouvons demander à la marque de reprendre les invendus.

Les conditions commerciales avec les marques sont basées sur différents modèles : sell-through garanti, concessions, stock en conditionnel….

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